Il est temps de voir la Turquie comme elle est – et non comme on souhaiterait qu’elle soit, et de ne plus d’accepter l’inacceptable La ligne rouge aurait-elle été franchie?? En comparant l’Allemagne puis les Pays-Bas à des pays nazis, le président Erdogan n’est pas seulement dans la provocation. Il signifie là la fin des relations de confiance entre l’Europe et la Turquie. Bien sûr, ces relations avaient commencé à se détériorer au lendemain du coup d’État avorté du 15?juillet 2016. Ankara avait alors accusé l’Occident, contre toute évidence, d’être derrière la tentative de son renversement. Pire encore, le président turc a pris prétexte de la tentative de putsch pour organiser une purge sans équivalent qui allait envoyer en prison plus de 45?000 personnes et entraîner la révocation de plus de 130?000 fonctionnaires. La plupart n’avaient rien à voir avec la tentative de renversement, mais leur opposition présumée au pouvoir islamiste de l’AKP, le parti de Recep Tayyip Erdogan, était suffisante pour les jeter à la rue lorsque ce n’était pas en prison. Finalement, avec le recul, les événements de juillet?2016 ont servi le dessein du président turc, celui d’instaurer en Turquie un régime hyper-présidentiel islamiste où toute décision émane du seul chef de l’État?: finie l’indépendance de la justice, terminée la démocratie parlementaire, disparus les contre-pouvoirs, notamment celui de la presse qui subit une censure permanente. Mais pour ce faire, Erdogan doit encore remporter massivement son référendum constitutionnel prévu pour le 16?avril prochain. Or, il semble que celui-ci pourrait être moins soutenu que prévu. Il faut dire que l’état d’urgence permanent actuellement en vigueur, qui donne tous les pouvoirs – y compris les plus arbitraires – au président turc et auxquels ce dernier recourt sans retenue, inquiète les milieux les plus occidentalisés du pays. D’où la volonté du pouvoir de l’AKP d’obtenir un soutien fort des minorités turques en Europe. Quel meilleur symbole en effet que d’être soutenu par ceux-là mêmes de ses concitoyens qui côtoient et bénéficient de cette démocratie européenne présentée de plus en plus fréquemment en Turquie comme un modèle à combattre?? “Erdogan doit encore remporter massivement son référendum constitutionnel. Or, il semble que celui-ci pourrait être moins soutenu que prévu”. Aussi les autorités turques tentent-elles d’organiser des meetings électoraux favorables au oui, à destination de la communauté turque en Europe. Si des réunions électorales se sont déjà déroulées dans le passé dans plusieurs villes européennes, notamment en Allemagne où la communauté turque est la plus nombreuse, la donne a cette fois-ci changé. Tout d’abord, les relations entre l’Europe et la Turquie sont au plus bas?; une réelle lassitude prévaut face aux chantages permanents d’Ankara – le dernier en date ayant trait au respect par la Turquie de l’accord sur les réfugiés syriens. Surtout, comment laisser se dérouler sur le sol européen des manifestations qui prônent l’instauration d’un système autoritaire, pour ne pas dire plus, et qui va à l’encontre de toutes les valeurs de paix, de démocratie et de liberté portées par cette même Europe?? L’Allemagne suivie par les Pays-Bas, la Suisse, le Danemark et l’Autriche ont récemment refusé, avec raison, de se plier aux exigences turques – d’où l’ire et les sorties tout à la fois inadmissibles et calculées du maître d’Ankara. Il est sans doute temps d’ouvrir les yeux et de voir la Turquie comme elle est – et non comme on souhaiterait qu’elle soit –, à savoir un pays qui dérive avec assurance vers la démocrature islamiste, bien loin de nos idéaux et de nos valeurs, et dont les dirigeants au plus haut niveau affichent chaque jour davantage leur hostilité à l’Occident et à ses valeurs. L’Europe a trop souvent pris l’habitude de chercher le compromis pour finalement accepter l’inacceptable. Il est temps de défendre nos valeurs et de définir de vraies lignes rouges qui seront des points de non-retour.