Depuis plusieurs années, les expériences de police prédictive se multiplient, principalement outre-Atlantique. Après New York et une démarche statistique presque élémentaire, Los Angeles, Atlanta et des villes de taille moyenne revendiquent des baisses significatives de la criminalité grâce à la mise en place de patrouilles définies en fonction des « prédictions » issues d’algorithmes parfois extrêmement simples. Plusieurs villes d’Europe (en Allemagne, en Italie, au Royaume-Uni, …) sont désormais gagnées par cette vague « prédictiviste ». La France est culturellement attentive à préserver l’esprit d’initiative de ses policiers de terrain et une décision « d’origine humaine », tout en évitant un traitement à courte vue qui pourrait générer un déplacement géographique de la délinquance. Mais dans un contexte de ressources limitées voire suremployées, les forces de sécurité n’ont d’autre choix que de gagner en efficacité opérationnelle en utilisant les outils, données et ressources dont elles disposent. Il parait donc important que les expérimentations actuellement menées par le Service central de renseignement criminel de la gendarmerie nationale28 soient étendues rapidement à d’autres zones géographiques. Le ministère de l’Intérieur dispose sur ce terrain d’une belle opportunité de mutualisation, qui consisterait à transférer les développements statistiques et le savoir-faire des gendarmes dans l’univers métier et géographique de la police. On pourrait aussi considérer que parmi les 80 zones de sécurité prioritaires (ZSP), les plus sensibles bénéficient sans délai d’une expérimentation d’analyse prédictive, en osant sans tabou construire et regarder des prédictions par demijournée, propres à l’organisation des patrouilles.